Prologue
Le chiffre zéro
Voilà des heures qu'il était là, le regard fixé dans les ténèbres, assis devant le précipice, quelques part dans les entrailles de la Terre. C'était quelque peu imprudent de sa part : il avait laissé son campement trop loin derrière lui pour se replier en cas d'attaque surprise. Il attendait le retour de ses compagnons partis depuis quelques jours déjà pour achever la mission. C'était ce dont il avait toujours eu envie : participer à une mission capitale comme celle-ci dont, sans doute, le sort de tout son régiment, peut-être même de toutes les armées souterraines et donc de l'humanité dépendait. Elle devait plonger les nations des Sub-humains dans la défaite, obligeant cette race mutante surgie il y a quelques dizaines d'année des profondeurs de la Terre à y retourner... Mais une fois de plus on l'avait trompé. Une fois de plus on l'avait laissé sur la touche. Les autres était partis poursuivre la mission et lui devait resté là à les attendre pour surveiller leurs arrières. Il réagissait sûrement en enfant capricieux mais il commençait à se demander si tout çà en valait la peine, si ce n'était pas le sens de l'Histoire après tout.
Il en était là de ses réflexions quand sonna l' émetteur à son poignet. Il prit les jumelles. Il les vit de l'autre côté du gouffre gigantesque : Ils étaient moins nombreux qu'à l'allée, la plupart blessés et les 2/3 de leurs véhicules (foreuses à pression nucléaire toute dernière génération, taupes avec habitacles doublés et renforcés ou encore tanks de tranchée, des modèles RAT 1875 ) manquaient. La mission d'infiltration avait dû être un vrai massacre à en juger par la dizaine d'hommes et de femmes qui se tenaient devant le gouffre, en face de lui. Il savait ce qu'il lui restait à faire : envoyer aux états-majors le message de confirmation, récupérer le générateur de fibres macro lasers et former ainsi le pont qui permettrait à la troupe de traverser le gouffre d'un bord à l'autre.
« Erix, tu nous entends ? » La voix du sergent ! Le ton était implacable mais jamais il ne se serait annoncé de cette façon si peu militaire si la situation n'avait été urgente, très urgente. « Qu'est ce qui ne va pas ? » Voix encore plus neutre. « On est pris en chasse par des foréoptères sub-terriens. Tu ouvres le pont ?
-Non.
-Qu... Quoi !? Qu'est ce que tu fait ?
-Vous savez pourquoi les martingales sont impossibles ? »
Il savait maintenant que tout le groupe l'écoutait, tendu, et devait le fixer avec leurs jumelles infrarouges. « A la roulette, je veux dire. Vous savez pourquoi les statistiques sont impossibles. Normalement vous devriez avoir une chance sur deux, pas vrai ? Rouge ou noir. Pair ou Impair.
-Qu'est ce que c'est que ces conneries !
-Le zéro, sergent ! Le zéro. Sa nullité plante tout et fait que la banque gagne toujours. Hé bien maintenant, le zéro, c'est moi.
-Soldat Mackloxe, vous allez m'ouvrir ce foutu pont !
-... ou quoi ? »
Il sortit une pièce de sa poche et, sans se préoccuper le moins du monde des injures, des cris, des menaces et des ordres que retransmettait son oreillette, il la cala sur son pouce contre son index et la lança. Quand il la ramassa et vérifia sur quel côté elle était tombé, les hurlements s'étaient tuent, chacun ayant compris l'enjeu. Erix eut un pâle sourire et regarda en direction de l'autre bord, même s'ils ne pouvaient les voir à l'oeil nu. Il murmura dans son récepteur. « Désolé, les gars. Pas de pont aujourd'hui.
-Vous aimez les jeux de hasard, hein ? Et bien je parie. Je parie que vous serez aussi morts que nous si vous ne nous laissez pas passer !
-Pari tenu. »
Amilda Rose. Il l'avait aimé... puis détesté. Il n'avait jamais pu supporter ses réactions hystériques comme celle qu'elle avait maintenant. Il n'entendit pas la suite, ni les cris, ni le bourdonnement des machines infernales, ni les tirs désespéré de ses anciens compagnons, ne sus pas leur mort : il avait jeté son oreillette, monté dans le véhicule léger laissant derrière lui, intact, son campement provisoire. Alors c'est à cela que se jouait l'Histoire ? Aux passions d'un seul homme trop désabusé pour rester fidèle à son destin ? Il fonçait à travers les tunnels atteignant une vitesse proche des deux cents kilomètres heure. Il arriva à la forteresse-capitale sans encombre passa rapidement à l'identification automatique et se dirigea vers le c½ur de la ville. Ensuite, il dû franchir le barrage situé sur la route qui menait aux quartiers des état majors. Heureusement il avait sur lui un passe prioritaire code A (243). Un des gardes le consultât et Erix pria pour qu'il ne passa pas la carte de situation au scanner. Heureusement ce ne fut pas le cas. Ensuite, le mutin gara son véhicule sur un parking souterrain et, à pied, avança vers les bureaux, mais au lieu de continuer tout droit, il tourna, pris un escalier qui menait vers les sous-sols proches des salles d'hibernation. Pourquoi, quelques jours auparavant, quand il avait été affecté à cette mission savait-il qu'il devait voler ce passe ? Pourquoi la pièce, qu'il avait gagné à la suite d'un pari d'ailleurs ? Pourquoi l'histoire des martingales qu'il avait apprise de son oncle, grand joueur devant l'éternel, dans la dernière lettre qu'il lui avait envoyé ? Hasard ou le destin se jouait-il de lui? Il venait de pénétrer dans une pièce dont il était l'un des rares (par hasard encore) à connaître l'existence. Elle n'avait plus rien à voir avec les structures métalliques modernes qu'il venait de traverser, faisant plus penser, par ses murs en partie encore constitués de pierre brute, aux premiers aménagement d'urgence confectionné par les humains à l'aube de la guerre. Son tombeau l'attendait. Il ouvrit le couvercle de verre du sas unique qui constituait le seul meuble de la pièce, adossé à l'un des murs de pierre, et s'y coucha. Il activa le programme et referma le couvercle. Son sourire était serin, jamais il ne s'était senti aussi calme, rassuré, reposé. Ce devait être cela la mort. Bien sûr que c'était la mort.